LE NOYÉ DE L'AMÈRE À BOIRE et LE MERCENAIRE EXISTENCIEL

LE NOYÉ DE L'AMÈRE À BOIRE

J'en ai assez de boire cet alcool de qualité
il ne fait qu'oublier l'inavouable !

Servez-moi de cette bière grise
brassée dans les caveaux de la morgue
par des internes
celle qui abrège la vie
en délavant la mort de ses blessures
mais qui permet de retracer
les allées & venues des pensées
par la mise à jour des trous noirs !

J'ai appris par coeur la combinaison de l'avenir
je sais depuis longtemps que l'amour se chiffre
en infinis multipliés par une série de zéros
& que notre passé n'a jamais été prédit
par celui dont nous sommes l'alibi !

Je suis de ceux qui préfèrent détruire
l'indice du crime universel caché dans la lumière
plutôt que de ramasser les miettes de soleil à l'horizon...

Aussi
pour nourrir au compte-gouttes ma joie de vivre
j'ai trouvé dans le contenu de ce verre
toutes les raisons de croire
que le bonheur n'est utile
que lorsqu'il est à la portée de la main !

 

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Couverture du recueil de poésie

 

Je suis un fumier !

 

publié aux Herbes Rouges
paru en décembre 2001.

 

L'auteur:

Alain Fisette est né à Ville Lemoyne en 1955.  En plus d'être poète, il s'avère être un des plus grands amateurs de bière que la terre ait porté.  Installé confortablement à son poste, dont la cavité angulaire lui sied bien, il sait mettre ses mots au service de ses sens afin de tranformer les petits plaisirs d'une soirée entre amis en d'impérissables souvenirs.

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LE MERCENAIRE EXISTENCIEL DE L'AMÈRE À BOIRE

Plus personne ne lui adresse la parole.

Il ne répond plus qu'avec un vaste vague à l'âme et un regard plus juste encore.

Comme ces poètes condamnées a épeler leur rêves prémonitoires, il sait que la pratique 
soutenue du spleen nécessite une performance hypnotique de tous les muscles en même temps.

Que lorsqu'un fleuve charrrie sa fatigue vers le delta, le courant flâne toujours au même endroit...

Qu'on arrive toujours assoifée d'un naufrage d'amour car le coeur est une île entourée de sang...

Que l'ivresse est toujours plus vigoureuse quand on boit debout.

Pourtant...il ne boit jamais seul...

Dans le reflet de sa dernière pinte, il a vu le cultivateur solidaire peiner dans un champs d'orge
puis il a été ébloui par la beauté du nuage qui y a laissé sa vie, il a même cru voir le brasseur bénir
sa levure.

Quant aux saveurs...elles n'ont qu'à bien se tenir...

Celles qui à l'instant ont laissé le palais en état d'alerte seront désamorcées plus d'une fois comme
une bombe à répétition qui après avoir souillé le dernier point d'eau d'un désert n'aurait plus qu'à
atténuer la chaleur accablante de trop nombreux deuils.

Avant de claquer la porte, il a jeté une boule de billets froissés sur le comptoir.

Comme ex-barman, il sait que les pourboires ont le pouvoir de rendre ovales les chiffres ronds.

Puis quand sous la pluie battante en marchant vers l'infini, il a pu observer au loin le soleil se lever
sur Macao, il a su qu'il disposait enfin de toutes les munitions intérieures pour faire trembler la mer.

publié aux Herbes Rouges

paru en 2006.